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Nutri-Score ou Nova : lequel faut-il regarder ?

Le Nutri-Score résume un profil nutritionnel ; Nova classe la formulation et la transformation. Les deux regards peuvent se compléter, sans remplacer les portions ni l’alimentation entière.

Deux chiffres ou lettres sur une application peuvent donner l’impression de verdicts concurrents. En réalité, Nutri-Score et Nova ne posent pas la même question. Le premier simplifie une partie du tableau nutritionnel ; le second décrit la logique de transformation. Ce guide central relie leur histoire, leurs preuves, leurs controverses et leurs angles morts pour construire une lecture utile — sans inventer un scandale, sans confondre association et causalité, et sans faire d’un emballage un diagnostic.

1. La différence centrale tient dans la question posée

Le Nutri-Score est un logo volontaire à cinq classes, de A à E, calculé pour 100 g ou 100 ml. L’algorithme français actuel met en balance des composantes à limiter et des composantes favorables, avec des règles particulières pour plusieurs familles. Il répond surtout à cette question : quel produit substituable présente le profil nutritionnel le plus favorable selon ce modèle ? Santé publique France — présentation officielle du Nutri-Score, Légifrance — algorithme français en vigueur

Nova répartit les aliments en quatre groupes selon la nature, l’étendue et surtout la finalité de leur transformation. Ses auteurs précisent que « Nova » est un nom, pas un acronyme. Les groupes ne forment pas une note continue : le groupe 2 réunit des ingrédients culinaires comme l’huile, le sucre ou le sel, et n’est pas une simple marche entre « bon » et « mauvais ». Monteiro et al., 2016 — formalisation de Nova en quatre groupes, Monteiro et al., 2019 — critères d’identification

Les deux systèmes partagent un objectif de simplification, mais ils ne résument ni la même information ni la même unité. Les opposer comme deux thermomètres mesurant la même température crée la plupart des contradictions apparentes.

2. Tableau comparatif : deux outils, deux angles morts

Ce tableau ne déclare pas un système supérieur. Il associe chaque outil à la décision pour laquelle il apporte réellement une information, puis rappelle ce qu’il laisse hors champ.

Ce que mesurent le Nutri-Score et la classification Nova
Question Nutri-Score Nova
Objet principal Profil nutritionnel synthétique Nature et finalité de la transformation
Résultat Une classe de A à E Un groupe descriptif de 1 à 4
Base 100 g ou 100 ml, avec règles par famille Recette, ingrédients, procédés et rôle de la formulation
Usage le plus solide Comparer des produits substituables Repérer les formulations ultra-transformées et décrire une exposition
Angle mort majeur Portion, transformation, additifs et besoins individuels Quantités de nutriments, portion et grande hétérogénéité du groupe 4
Erreur fréquente Lire A comme “à volonté” et E comme “interdit” Lire 1 à 4 comme une échelle nutritionnelle continue

3. Pourquoi un produit A ou B peut-il être Nova 4 ?

Un fabricant peut formuler un produit peu salé, peu sucré, riche en fibres ou en protéines et obtenir un profil Nutri-Score favorable, tout en utilisant des fractions alimentaires, des arômes ou des additifs caractéristiques d’une formulation Nova 4. Chaque résultat peut être conforme à sa règle : l’un décrit les nutriments retenus, l’autre la transformation.

L’inverse existe aussi. Une huile, un fromage ou un aliment traditionnel transformé peut avoir une lettre moins favorable pour 100 g sans relever du groupe 4. Sa densité énergétique, son sel ou ses graisses saturées ne disparaissent pas parce que la recette est courte ; sa place réelle dépend aussi de la quantité et de la fréquence.

Cette divergence n’est donc pas une preuve de manipulation. Elle signale une information complémentaire. Elle devient utile si tu demandes ensuite : est-ce une alternative à un produit de même rôle, que montre la liste d’ingrédients, quelle quantité vais-je réellement consommer et que remplace ce choix ?

4. Les données suggèrent une complémentarité, pas une vérité combinée

Dans la cohorte italienne Moli-sani, 22 895 adultes ont été suivis et 2 205 décès enregistrés. Un profil nutritionnel moins favorable et une consommation plus élevée d’aliments ultra-transformés étaient chacun associés à davantage de mortalité. L’ajustement conjoint atténuait davantage l’association du profil nutritionnel que celle des ultra-transformés. Ce résultat suggère que les dimensions se recouvrent en partie sans être identiques. Bonaccio et al., 2022 — cohorte Moli-sani

Cette étude reste observationnelle. Elle ne prouve ni qu’une étiquette cause ou prévient un décès, ni que le classement Nova explique à lui seul une différence de santé. Des habitudes, maladies, revenus et erreurs de mesure peuvent encore contribuer au signal.

Une expérience en ligne auprès de 21 159 personnes a montré qu’ajouter un bandeau signalant les aliments ultra-transformés au Nutri-Score améliorait la compréhension simultanée du profil nutritionnel et du degré de transformation. La population connaissait déjà bien la nutrition, l’exercice mesurait surtout compréhension et intentions, et aucun comportement durable ni résultat clinique n’était testé. Srour et al., 2023 — essai en ligne du format NS2.0

La conclusion proportionnée est modeste : montrer deux dimensions peut corriger une confusion immédiate. Cela ne transforme pas leur combinaison en algorithme médical ni en preuve causale sur la santé.

5. Les vraies controverses ne sont pas des preuves de fraude

Le Nutri-Score est critiqué sur sa base de 100 g, ses conventions, ses exceptions, l’influence des acteurs économiques et les changements de lettres après révision. Nova est discutée pour ses frontières parfois subjectives, l’hétérogénéité du groupe 4 et la difficulté à séparer transformation, composition, texture, matrice et contexte social. Ces débats sont documentés et légitimes.

L’Anses a conclu en 2025 à l’absence de définition consensuelle des aliments ultra-transformés et à une application parfois subjective ; elle juge faible le poids global des preuves pour plusieurs relations sanitaires. « Faible » ne veut pas dire « aucune association » : cela qualifie la confiance dans l’interprétation causale et les mécanismes. Anses, 2025 — caractérisation et impacts des aliments ultra-transformés

Le 16 juin 2026, le Conseil d’État a rejeté plusieurs griefs de Lactalis contre l’arrêté Nutri-Score, mais a posé deux questions de droit européen à la CJUE et sursis à statuer. Au 26 juillet 2026, la CJUE n’a pas rendu de décision et l’arrêté français demeure en vigueur. Écrire que Lactalis a gagné ou que le Nutri-Score a été déclaré illégal serait faux. Conseil d’État — décision Groupe Lactalis n° 508230

Les conflits d’intérêts, le lobbying et l’implication des promoteurs doivent être déclarés et examinés avec les protocoles. Ils ne prouvent pas automatiquement une fabrication de données. Aucune fraude formelle, rétractation fondatrice ou corruption démontrée des deux systèmes n’a été identifiée dans notre revue ; le mot juste est « controverses documentées ».

6. Une méthode en deux lectures pour le rayon

Commence par définir le rôle du produit : deux pains, deux céréales, deux sauces ou deux plats qui pourraient réellement se remplacer. Sans substitution plausible, la comparaison d’une lettre perd une grande partie de son intérêt.

Première lecture : utilise le Nutri-Score pour repérer un écart de profil, puis regarde le tableau nutritionnel afin de comprendre s’il vient du sel, des sucres, des graisses saturées, des fibres ou de l’énergie. Deuxième lecture : examine la liste d’ingrédients et la logique de formulation. Cherche l’aliment de départ, les ingrédients culinaires, les fractions et les additifs, sans transformer chaque additif en preuve de danger.

Termine par ce qu’aucun des deux indicateurs ne connaît : ta portion, la fréquence, le prix, les allergies, le plaisir, le gaspillage, l’accès à une cuisine et le reste de tes repas. Une décision réaliste répétée vaut mieux qu’une règle parfaite impossible à tenir.

  • Définis le produit remplacé et compare le même usage.
  • Lis le Nutri-Score comme un filtre nutritionnel, pas comme un permis.
  • Lis Nova comme une description de formulation, pas comme une toxicité.
  • Vérifie le tableau, la recette et la portion réellement consommée.
  • Observe la substitution et l’alimentation de la semaine.

7. Trois exemples qui évitent les verdicts automatiques

Pour un pain, compare d’abord deux recettes destinées au même repas. La lettre peut faire ressortir fibres ou sel ; Nova peut différer selon la recette et les additifs. Le nom « complet » ou « artisanal » ne suffit pas à attribuer une lettre ou un groupe sans données précises.

Pour un yaourt ou un dessert, distingue le produit de base, la teneur en sucres et la formulation. Une apparence simple ne garantit pas Nova 1, et une bonne lettre n’exclut pas Nova 4. Regarde ce que le produit remplace : un dessert plus sucré, un yaourt nature, un repas ou rien du tout.

Pour une barre ou une boisson protéinée, la teneur en protéines n’efface ni énergie, sucres, édulcorants et sel, ni la formulation. À l’inverse, un classement Nova 4 ne dit pas si une portion particulière répond à un besoin pratique. Ne devine jamais un classement à partir du marketing ou de la catégorie seule.

8. Pour un sportif, aucun des deux repères ne calcule le besoin

Le Nutri-Score ne connaît ni ta dépense, ni ta cible protéique, ni le moment de la séance, ni la durée de l’effort. Nova ne mesure pas les grammes de protéines, de glucides, de sodium ou l’énergie d’une portion. Une stratégie sportive ne se construit donc pas en collectionnant des A ou en excluant mécaniquement tout groupe 4.

Un produit pratique peut avoir une fonction ponctuelle autour d’un entraînement, tandis qu’un aliment peu transformé peut être peu adapté juste avant un effort à cause de son volume ou de ses fibres. Cette utilité contextuelle ne transforme pas le produit en base optimale de toute l’alimentation.

Utilise les deux repères pour éclairer une comparaison, puis calcule les apports avec les portions réelles et vérifie la tolérance. En cas de pathologie, allergie, grossesse, trouble du comportement alimentaire ou objectif sportif exigeant, une décision individualisée dépasse ces classifications.

9. Sur la santé, il faut séparer associations, essais et mécanismes

La synthèse BMJ de 2024 sur les aliments ultra-transformés a regroupé 45 analyses et près de 9,9 millions de participants. Des associations directes apparaissaient pour 32 résultats, mais seulement quatre analyses atteignaient une certitude GRADE modérée ; 22 étaient de certitude faible et 19 très faible. Une association classée statistiquement « convaincante » n’est pas une preuve causale. Lane et al., 2024 — revue générale des aliments ultra-transformés

L’essai métabolique de Hall a montré, chez 20 adultes et sur deux périodes de deux semaines, environ 508 kcal par jour de plus et une prise de 0,9 kg sous le menu ultra-transformé, contre une perte de 0,9 kg sous le menu non transformé. Il démontre un effet de ces menus à court terme, sans isoler une essence unique de la transformation ni mesurer une maladie chronique. Hall et al., 2019 — essai randomisé en unité métabolique

Pour le Nutri-Score, la compréhension immédiate est bien étayée et les achats réels évoluent plus modestement. Les cohortes valident la pertinence du profil sous-jacent, pas l’effet causal du logo. Pour Nova, essais et cohortes soutiennent une question sanitaire sérieuse, mais les sous-groupes, mécanismes et erreurs de classement limitent les verdicts universels.

10. Le verdict utile : comparer, compléter, contextualiser

Le Nutri-Score est généralement le premier filtre quand tu hésites entre produits substituables. Nova ajoute une question sur la formulation que la lettre ne pose pas. Si les deux convergent, la décision peut être simple ; s’ils divergent, ce n’est pas une panne mais une invitation à vérifier la recette, la portion et la substitution.

N’attends ni d’un score ni d’un groupe qu’il résume la qualité de la semaine. Les aliments bruts ou peu transformés, la cuisine, la variété et des produits adaptés aux contraintes réelles peuvent former la base ; les produits transformés se jugent par leur rôle, leur fréquence et ce qu’ils remplacent.

Enfin, les règles évoluent. Le nouvel algorithme Nutri-Score appliqué en France depuis mars 2025 a modifié certaines lettres, tandis que l’OMS prépare encore une recommandation mondiale sur les aliments ultra-transformés. Date toujours une affirmation juridique ou institutionnelle avant de la transformer en conseil.

Voir séparément la répartition NOVA des calories enregistrées dans Nalko

Questions fréquentes sur Nutri-Score et Nova

Quelle est la différence entre le Nutri-Score et le score Nova ?

Le Nutri-Score résume certains nutriments pour 100 g ou 100 ml sur une échelle A-E. Nova classe la nature et la finalité de la transformation en quatre groupes. « Score Nova » est un terme courant, mais Nova n’est pas une note nutritionnelle continue.

Faut-il regarder le Nutri-Score ou Nova en premier ?

Pour comparer deux produits de même usage, commence généralement par le Nutri-Score, puis vérifie la recette et la formulation avec Nova. Termine avec la portion, la fréquence et ce que le produit remplace.

Un produit Nutri-Score A peut-il être Nova 4 ?

Oui. Il peut avoir un profil favorable pour les nutriments retenus tout en étant une formulation ultra-transformée. Ce n’est pas une fraude : les deux systèmes mesurent des dimensions différentes.

Nova 4 veut-il dire que le produit est dangereux ?

Non. Le groupe 4 décrit une formulation, pas un danger individuel après une portion. Une consommation élevée est associée à plusieurs risques et certains essais montrent des effets à court terme, mais les produits et les preuves restent hétérogènes.

Le Nutri-Score tient-il compte des additifs et de la transformation ?

Non de façon générale. L’algorithme actuel porte sur des composantes nutritionnelles définies et, pour certaines boissons, les édulcorants. Il ne classe pas globalement les additifs ni le degré de transformation.

Le classement Nova est-il toujours évident sur une étiquette ?

Non. La recette aide, mais certains procédés, la finalité industrielle ou le rôle d’un ingrédient ne sont pas toujours visibles. Un protocole détaillé et des codeurs formés améliorent l’accord sans supprimer toutes les ambiguïtés.

Le Nutri-Score ou Nova permettent-ils de perdre du poids ?

Aucun ne crée à lui seul un déficit énergétique ni une habitude durable. Ils peuvent guider des substitutions, mais la quantité consommée, les repas, l’activité, le sommeil et l’adhérence déterminent l’évolution individuelle.

Existe-t-il un scandale prouvé autour de ces scores ?

Notre revue a identifié des controverses scientifiques, juridiques, industrielles et des conflits d’intérêts à déclarer, mais pas de fraude fondatrice démontrée. L’affaire Lactalis est toujours en attente d’une interprétation de la CJUE au 26 juillet 2026.

Sources et références

  1. Santé publique France — Nutri-Score officiel
  2. Légifrance — arrêté et algorithme du Nutri-Score en vigueur
  3. Monteiro et al., 2009 — origine de l’approche par transformation
  4. Monteiro et al., 2019 — définition des aliments ultra-transformés
  5. Anses, 2025 — caractérisation et impacts des aliments ultra-transformés
  6. Bonaccio et al., 2022 — cohorte Moli-sani, profil nutritionnel et transformation
  7. Srour et al., 2023 — essai en ligne du format NS2.0
  8. Lane et al., 2024 — revue générale des aliments ultra-transformés
  9. Hall et al., 2019 — essai randomisé en unité métabolique
  10. Revue 2025 — état des preuves spécifiques au Nutri-Score
  11. Conseil d’État, 2026 — décision Groupe Lactalis n° 508230
  12. OMS — groupe chargé de la recommandation sur les aliments ultra-transformés

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